| 04 November 2007
{mosimage}Maison Shalom est une asbl burundaise, non confessionnelle. Sans faire de distinctions ethniques, elle oeuvre à la réunification des familles, porte assistance aux orphelins et aux personnes vulnérables et s'applique à l'éducation de la paix. Depuis sa fondation en 1993, Maison Shalom a secouru plus de 10.000 enfants.En 2005 Maggy Barankitse reçut le prix Nansen du Haut Commissariat des Réfugiés des Nations Unies(l'UNHCR), à Bruxelles. Ce prix humanitaire est octroyé à des personnes ou à des institutions qui ont oeuvré de façon remarquable en faveur des réfugiés et des droits de l'homme.
Interview de Maggy avec l'enfance tiers monde ETM :
Vous avez déjà reçu plusieurs prix internationaux. Comment réagissez vous lorsque vous êtes nominée, ou lors de la remise d'un de ces prix ?
Maggy Barankitse: C'est un réel encouragement et cela affirme ma conviction que le mal n'aura jamais le dernier mot. Je suis surprise et me demande encore toujours: comment il est possible qu'entre les millions de personnes de marque, le prix soit attribué à une personne qui habite au plus profond de la jungle. Je pense que c'est parce que dans le monde il y a des gens qui aiment les gens simples et les enfants.
ETM : Vous êtes convaincue que le pardon et la cohabitation forment la meilleure solution aux problèmes ethniques qui ont engendré tant de cruauté et de souffrances au Burundi ?
MB: La Maison Shalom [Maison de la Paix] a vu le jour au milieu de ces cruautés. Pour une paix concrète et durable une véritable ouverture d'esprit s'impose. Il faut examiner la situation pour savoir comment guérir les plaies. Il n'y a pas de solution sans pardon, parce que la haine ravage les victimes, si celles-ci persistent à se cramponner à un sentiment de rancune. Le pire ennemi d'une victime est l'analyse continuelle de tout ce que cet ennemi vous a fait.
ETM: Vous créez de nombreux projets "curatifs". Pouvez-vous m, en dire un peu plus ?
MB: Au début nous portions notre attention à la protection des plus vulnérables, c.à.d. des enfants. Nous voulions aider tous les enfants victimes de la guerre, leur offrir un meilleur environnement et faire en sorte qu'ils puissent bénéficier de leur droit à la protection, à l'enseignement, à la santé et à une nourriture saine. Mais ces enfants devenaient plus grands. Un projet à plus long terme s'imposait donc. Toute la communauté devait être concernée, afin de toucher toutes les couches de la société. Nous voulions réunir les enfants autant que faire se peut avec les membres de leur famille. Ceci se passa en plusieurs étapes: rechercher la famille et ensuite étendre l'aide aux membres de la famille. Nous aidons également les familles d'accueil qui recueillent des enfants. Certains enfants ne savaient où aller, ne trouvaient pas de famille qui voulait bien s'occuper d'eux. Nous avons cherché des maisons pour eux, afin qu'ils puissent quitter le centre. Mais il faut également leur donner quelque chose afin qu'ils apprennent comment devenir indépendant plus tard. Ce qui nous a amené à démarrer de nombreux projets afin d'augmenter nos revenus, pour permettre aux enfants de ne pas devoir rester mendiants jusqu'à la fin de leurs jours. Des métiers tels que la métallurgie, l'agriculture et l'élevage furent appris aux enfants qui ne pouvaient pas rester plus longtemps à l'école. Pour les enfants qui avaient habité en ville auparavant, des activités concernant la mode furent mises sur pied, afin de leur apprendre le métier de couturier ou de tailleur pour subvenir à leurs besoins. Des petits salons de beauté ont vu le jour dans le même but. Nous avons également une bibliothèque où les gens peuvent lire ou apprendre à se servir d'un ordinateur, et il y a un centre où on enseigne l'anglais. Il y a des activités telles que la fabrication de savon et le travail du bois - toutes deux en associations coopératives - qui impliquent toute la population locale. Les enfants soldats ont réintégré une vie normale, ainsi que les jeunes mamans qui ont combattu pendant leur enfance. Nous tentons de procurer un soutien total aux personnes affaiblies, avec l'intention de les aider à se remettre sur pied, afin de leur rendre leur dignité. Il a également fallu donner une éducation relative à la paix, parce que la colère burundaise est axée sur le conflit entre les principaux groupes de la population. Un film a été conçu afin d'élargir leur ouverture sur le monde, de se détendre et d’être spectateur de son propre passé, de sa propre histoire. Ceci surtout afin de tenter de dédramatiser quelque peu leur histoire. Le but étant d'encourager le dialogue. Il y a beaucoup d'activités culturelles et sportives accessibles à tout le monde. Il y a des échanges, même transfrontaliers, pour mieux comprendre que chacun peut être victime, de la guerre comme de la pauvreté.
ETM : Quelle est la situation du sida au Burundi ?
Après les orphelins de guerre, les orphelins du sida ont également été recueillis dans notre programme d'aide. Mais comment prévenir le sida - cette plaie terrible ? Les mères devaient devenir plus conscientes; il fallait trouver des activités pour les mères qui se prostituaient pour sortir de la pauvreté. Ainsi elles ne devraient plus se prostituer et les enfants ne seraient plus séparés de leurs parents. Nous informions les familles concernant la prévention du sida, et nous avons pris en charge ceux qui étaient déjà touchés par la maladie. En fait, ce n'était pas mon intention d'accueillir des orphelins: j'ai toujours souhaité qu'ils puissent grandir dans leur propre foyer. J'allais donc voir les familles les plus touchées pour tenter de garder les parents atteints du sida en vie, afin que les enfants puissent rester à la maison. Nous les aidions et faisions en sorte qu'ils soient suivis médicalement. De cette manière des liens d'amitiés naissaient avec les enfants, en vue du décès des parents. Ces enfants étaient moins traumatisés et nous considéraient comme des amis de la famille.
ETM : Enfin notre question: quel est votre plus grand rêve?
MB: Mon rêve le plus grand depuis toujours, c’est de créer une nouvelle génération qui lutte contre l’injustice et contre la haine fraternelle, qui dit catégoriquement non à la haine. Car j’ai vu les injustices sociales. Que chaque chose dans mon pays ne garde pas cette connotation de hutu ou tutsi. Qu’il y ait beaucoup d’amour et de pardon. Je continue à croire que nous sommes tous des enfants de Dieu. Cela ne peut pas être l’intention de tuer nos frères. La haine n’aura pas le dernier mot.
Source: Enfance Tiers Monde.



